La décision du maire de Ligugé, dans la Vienne, de supprimer les dos-d’âne pour préserver les véhicules haut de gamme suscite l’indignation des résidents. Cette mesure controversée, prise fin novembre 2024, vise à faciliter l’accès à un établissement hôtelier de luxe, mais elle remet en question la sécurité routière dans la commune.
Une polémique qui secoue la petite ville de Ligugé
La suppression des ralentisseurs a provoqué un tollé parmi les habitants de Ligugé. Ces aménagements routiers, installés à la demande des riverains il y a quelques années, visaient à réduire la vitesse excessive des automobilistes sur un axe fréquenté. Leur disparition soudaine a choqué de nombreux résidents, dont une retraitée qui s’est exprimée avec véhémence : « Nous étions satisfaits de ces dos-d’âne. Les conducteurs roulent trop vite ici. Je ne comprends pas qu’on détruise un équipement de sécurité pour une raison aussi futile. »
Le maire, Bernard Mauzé, justifie sa décision en invoquant des normes non respectées et la nécessité de prendre en compte les besoins de la clientèle de l’hôtel local. Par contre, cette explication n’a pas apaisé la colère des habitants, qui considèrent que leur sécurité est sacrifiée au profit du confort de quelques privilégiés.
L’hôtel de luxe au cœur de la controverse
Le Domaine hôtelier de l’Écorcerie, établissement haut de gamme de la région, se trouve au centre de cette polémique. Axelle Faure, gérante de l’hôtel, a révélé avoir reçu une quinzaine de plaintes de clients concernant les dommages causés à leurs véhicules de luxe par les dos-d’âne. Un incident impliquant une Ferrari bloquée sur l’un de ces ralentisseurs a particulièrement marqué les esprits.
Cette situation met en lumière le dilemme entre le développement économique local et la sécurité des résidents. Les adversaires de la décision municipale dénoncent une politique favorisant une minorité aisée au détriment de l’intérêt général. Sur les réseaux sociaux, le débat fait rage, certains qualifiant la mesure de « lamentable », tandis que d’autres soutiennent la position de l’hôtel.
Des alternatives en cours d’étude
Face à la controverse, le maire de Ligugé a annoncé travailler sur des solutions alternatives pour maintenir la sécurité routière. L’installation de chicanes est envisagée pour remplacer les dos-d’âne supprimés. Cette proposition vise à concilier les intérêts des différentes parties prenantes, en permettant de réduire la vitesse des véhicules sans endommager les voitures de luxe.
Le coût de l’opération de suppression des dos-d’âne s’élève à 3 500 euros, selon Bernard Mauzé. Ce montant soulève des questions sur l’utilisation des fonds publics et la priorité donnée aux préoccupations d’une minorité de visiteurs fortunés par rapport aux besoins de sécurité de l’ensemble de la population.
Un débat qui s’inscrit dans une problématique nationale
L’affaire de Ligugé met en lumière une problématique plus large concernant la conformité des dos-d’âne en France. Selon les experts, une grande majorité des ralentisseurs installés dans l’Hexagone ne respecterait pas le cahier des charges défini en 1994. Cette situation soulève des questions sur la légalité de nombreux aménagements routiers et la responsabilité des municipalités dans leur mise en place.
Le cas de Ligugé pourrait par voie de conséquence ouvrir la voie à un débat national sur l’équilibre entre sécurité routière, confort des usagers et respect de la réglementation. Il interroge également sur la capacité des communes à concilier les intérêts parfois divergents de leurs habitants et des acteurs économiques locaux, dans un contexte où le tourisme de luxe peut représenter un enjeu important pour certaines régions.